Théorème:

"S'il existe un système d'ordre établi social, politique ou culturel et que ses valeurs sont remises en cause, contredites ou renversées par le verbe ou par l'action stratégique en se fondant sur la connaissance de ses lois et/ou de sa psychologie et que ces interventions sont menées dans la volonté d'aboutir à l'effondrement du système sur lui-même, alors il y a subversion."

Antonin Amy-Menichetti

Ce que sont les protocoles:

 

En 1982, l’artiste Joseph Beuys plante 7000 arbres dans la ville de Kassel à l’occasion de la documenta, grande biennale d’art contemporain.

En 1993, Rirkrit Tiravanija invite les visiteurs de son exposition à prendre une couverture, à venir se réchauffer en mangeant de la soupe et en parlant entre eux.

En 2002, Sophie Calle fait poser son lit en haut de la tour Eiffel et s’y allonge une nuit, écoutant les histoires des visiteurs venus spécialement pour elle.

En 2003, Emma Dusong colle des étoiles phosphorescentes au plafond du métro. Lorsque celui-ci s’arrête quotidiennement entre deux stations et que la lumière s’éteint, les passagers peuvent admirer la voûte étoilée.

Il ne s’agit plus ni d’arts plastiques (il ne s’agit pas de la plasticité de la matière, de l’oeuvre) ni de performance, car l’artiste ne performe pas, ne joue pas, n’est dans certains cas même pas présent.

Mon travail interroge souvent sur les liens existant entre les artistes, les oeuvres, le public, les collectionneurs, les galeristes, les institutions en utilisant le système pour le parasiter gentiment de l’intérieur. C’est en ce sens un ouroboros, la fameuse image du serpent qui se mord la queue. En dehors de toute considération esthétique, c’est un travail où la forme importe peu, où elle fait tout pour s’effacer.

Un grand nombre de protocoles existent en attente de pouvoir être réalisés. On pourrait objecter que seul le protocole suffit et que sa réalisation est accessoire. Certes, on peut lire des pièces de théâtre, des scénarios de films, des programmes de politiciens. Mais l’intérêt réside dans l’action autant que dans l’idée. Personne ne connaît la véritable issue de la mise en place d’un protocole. Certains sont enchâssés les uns dans les autres, d’autres permettront la réalisation d’une pièce ou une exposition ultérieure.

En ce sens, l’artiste ne donne que l’impulsion, le public rend l’oeuvre possible.

Ce travail est ainsi : un perpétuel acte en puissance.

001

Titre de l’oeuvre :

CallBack

 

Protocole :

Sur un tableau de papier placé au mur, les visiteurs sont invités à écrire leur numéro de téléphone. L’artiste s’engage à appeler tous les numéros aléatoirement dans l’année une seule fois, sans pouvoir être appelé en retour et de manière à avoir une conversation dont le thème et la durée sont indéterminés. Les conversations seront enregistrées et pourront faire l’objet d’une oeuvre ultérieure.

002

Titre de l’oeuvre :

Disette

 

Protocole :

Les visiteurs sont invités à remplir une petite pochette en plastique transparent avec un peu d’argent et à la fixer au mur à l’aide d’un clou et d’un marteau. Le montant de la somme est laissé au libre choix du visiteur. À la fin de l’exposition, toutes les pochettes seront coulées dans une dalle de béton. La dalle sera offerte au FRAC de la région où aura eu lieu l’exposition.

003

Titre de l’oeuvre :

Derniers voeux

 

Protocole :

Dans une urne, les visiteurs sont invités à laisser un message à l’artiste. Les messages ne seront ouverts que lorsque l’artiste se sentira proche de la mort. Lire ces messages sera la dernière chose que l’artiste fera dans sa vie. Ce seront les voeux qu’il emportera dans la mort.

004

Titre de l’oeuvre :

Tout doit disparaître

 

Protocole :

Dans une galerie d’art sont installées d’anciennes oeuvres de l’artiste. Aucune oeuvre n’est à vendre. En revanche, les collectionneurs sont invités à payer pour la destruction d’une oeuvre. La destruction des oeuvres aura lieu à la fin de l’exposition et ce qu’il en restera sera jeté à la mer ou enterré en plusieurs endroits.

005

Titre de l’oeuvre :

Relais

 

Protocole :

L’artiste souhaite se débarrasser de presque tout ce qu’il possède. Dans un tableau fixé au mur, les visiteurs sont invités à écrire leur adresse. L’artiste s’engage à leur envoyer en cadeau dans l’année un objet signé lui ayant appartenu.

006

Titre de l’oeuvre :

L’invité mystère

 

Protocole :

Les visiteurs sont invités à laisser leur adresse sur un tableau de papier accroché au mur. L’artiste s’engage à passer les voir à l’improviste chez eux dans un délai d’un an maximum.

007

Titre de l’oeuvre :

Vernissage

 

Protocole :

Le public est invité à un vernissage dans une galerie d’art. La seule chose présentée est un buffet avec des coupes de champagne. Personne n’est autorisé à détruire cette oeuvre.

008

Titre de l’oeuvre :

En regard

 

Protocole :

L’artiste se rend dans une foire de photographies avec des lentilles blanches sur les yeux. Le public le croit aveugle. Il se met près d’une photo et demande aux passants de la lui décrire.

009

Titre de l’oeuvre :

Le grand échange

 

Protocole :

Sur un présentoir est posée une allumette. Les visiteurs sont invités à échanger l’objet posé sur le présentoir contre un objet de plus grande valeur. La possibilité d’échange dure le temps de l’exposition.

Exemple* :

Un visiteur échange l’allumette contre une petite figurine en verre.

Un second visiteur échange la petite figurine en verre contre un livre.

Un troisième visiteur échange le livre contre une figurine playboy en plastique.

Un quatrième visiteur échange la figurine playboy contre une oeuvre d’art.

Et ainsi de suite...

*L’exemple est tiré d’échanges ayant déjà eu lieu.

010

Titre de l'oeuvre:

Curious

 

Protocole :

L’artiste dispose à divers endroits de la ville de petites boîtes blanches contenant

10 euros.

011

Titre de l’oeuvre :

Break the dream

 

Protocole :

L’artiste réalise au sol une oeuvre à l’aide de farine. Cette oeuvre prend la totalité de l’espace disponible dans la pièce. Les visiteurs sont invités à visiter l’oeuvre et de ce fait à la détruire.

012

Titre de l’oeuvre :

Mèmes

 

Protocole :

L’artiste peint à même les murs de l’espace d’exposition un certain nombre de memes écrits en noir dans une police de style simple. Les visiteurs sont invités à réagir à ces phrases à même le mur à l’aide de leur propre matériel (crayon, stylo, rouge à lèvres, gravure etc.)

Exemples de memes :

- “Formés pour accueillir la parole

- “Temps de cerveau disponible

- "Si à cinquante ans on n'a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie."

- "Non mais allô, quoi ! T'es une fille, t'as pas d'shampooing ?"

- “5 minutes, douche comprise

- “#metoo

013

Titre de l’oeuvre :

Surface de réparation

 

Protocole :

L’artiste détruit à l’aide d’une masse une partie d’un mur de l’espace d’exposition. Les visiteurs sont invités à combler le trou à l’aide de ce qu’ils ont sur eux (papiers, chewing-gums, tickets de métro...)

014

Titre de l’oeuvre :

Ready-made me

 

Protocole :

L’artiste est nu dans l’espace d’exposition. Les visiteurs sont invités à apposer leur signature sur une partie de son corps.

015

Titre de l’oeuvre :

The artist is not here

 

Protocole :

Une caricature de l’artiste en papier mâché est posée sur une chaise dans l’espace d’exposition. Les visiteurs sont invités à lancer des tomates pourries sur cette caricature.

016

Titre de l’oeuvre :

Philosophie

 

Protocole :

Un micro relié à un enregistreur est posé dans un isoloir dans un espace d’exposition. Les visiteurs sont invités à y laisser un message en disant tout ce qu’ils savent de la philosophie.

017

Titre de l’oeuvre :

Color doesn’t matter

 

Protocole :

Un flacon vide est mis à disposition des visiteurs. Ceux-ci sont invités à se rendre aux toilettes, à remplir le flacon de leur urine et à le refermer hermétiquement. Tous les flacons sont nettoyés et disposés au fur et à mesure sur des étagères de verre fixées au mur.

018

Titre de l’oeuvre :

Cris

 

Protocole :

Dans un espace délimité par l’artiste, les visiteurs sont autorisés à crier de toutes leurs forces et autant qu’ils le veulent. Ils sont invités à utiliser cette liberté. Les sons émis par les spectateurs sont susceptibles d’être enregistrés et utilisés pour une oeuvre ultérieure.

019

Titre de l'oeuvre

Confiance
 

Protocole :
Deux gélules de couleurs différentes sont posées sur une table dans deux coupelles de verre. Sur la même table est également posé un contrat à signer. Le visiteur est engagé à signer le contrat stipulant qu'il est seul responsable de ce qui pourrait lui arriver suite à l'ingestion ou la non ingestion de l'une des gélules. Il doit en outre stipuler quelle gélule il a ingérée ou s'il n'a pas ingéré de gélules.
Une personne est chargée de remplacer les gélules ingérées, de disposer un nouveau contrat et d'inviter de nouvelles personnes à participer à l'expérience.

020

Titre de l'oeuvre:

La fin
 

Protocole :
Les visiteurs sont invités à écrire sur un carton la façon dont ils pensent mourir ainsi que leur nom. Le carton est ensuite scellé dans une enveloppe sur laquelle ils inscriront la date à laquelle ils pensent mourir. Chaque enveloppe sera ouverte à la date indiquée pour vérifier si son contenu est vrai.

021

Titre de l'oeuvre:

L'avant
 

Protocole :
L'artiste organise une exposition avec 24 oeuvres de 24 artistes différents. Chaque jour, une oeuvre sera détruite.

022

Titre de l'oeuvre:

Chère Nicole
 

Protocole :
Sur une table est disposé du matériel d'écriture. À chaque visiteur qui y écrira une critique élogieuse de ce protocole sera offert une exemplaire d'un livre de Nicole Esterolle acheté avec l'argent de l'institution exposante.

A propos

Il me semble que l'oeuvre d'art relie la pensée de l'artiste à l'intelligence du spectateur. J'essaie de supprimer cette interface pour que le lien soit direct, je supprime le média pour que le rapport soit immédiat et tente de faire de l'oeuvre une expérience à vivre.

 

Je suis entré aux Beaux-Arts de Paris avec un travail protéiforme (peinture, dessin, écriture, photos enregistrements sonores, sculpture etc.) avec une prédilection pour la sculpture. C’est avec ce médium que j’ai obtenu mon diplôme en 2009 axant ma recherche sur les liens entre art et design, le visiteur étant invité à se servir des oeuvres présentées. Influencé ensuite par les travaux de Tino Seghal et de Nicolas Bourriaud, j’ai commis, seul ou en duo avec la plasticienne Tiffany Bouet, un certain nombre de performances subversives autour de l’art contemporain dans des galeries, musées, foires et autres lieux d’expositions. En 2012, mettant un terme à toute activité artistique, je me suis dirigé vers d’autres pratiques (insectologie, apiculture, hypnose, enseignement, voyages). En 2016, j’ai recommencé une pratique artistique hors limites incluant notamment beaucoup de photos et de vidéos autour de thèmes scientifiques, de collections et d’un univers profond et mystérieux. En parallèle de cette pratique et pour revenir à des considérations moins matérielles, suivant les principes de l’esthétique relationnelle, j'ai créé une série de protocoles dans lesquels le public participe à l’oeuvre au moins autant que l’artiste.